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From: "arben iljazi" arbeniljazi@hotmail.com
Date: Mon Apr 2, 2001 9:48pm
Subject: bibliobus



    KADARE KADARE , kthehu ne Atdhe !

    Assis sur une chaise toute nouvelle, à l'intérieur de ma chambre, devant la parois, je vois la projection de ma mémoire : les images sont toutes fraîches, les deux doigts poussent les âmes à crier (victoire ! )

    1988
    La queue devant la librairie Iliria ( avant l'ouverture ) était plus longue que celle devant la boulangerie ; il y avait le risque de ne plus trouver les livres de Kadaré. Ces livres ont été pour nous comme la lumière la porte de la fenêtre derrière les rideaux. Désormais l'air était pollué par les " pensées réactionnaires " qui, dans l'espace de 28.000 km² bien fermé, créaient des étincellements terrifiants en chaque âme.

    Fin 1989
    L'annonce de la future publication du livre de Ismaïl Kadaré " La Pyramide " dans le journal tout récent d'opposition RD ( Renaissance Démocratique) en était une pierre gigantesque détachée.
    Il savait bien, Kadaré : presque trois millions de personnes s'étaient réveillées après l'injection de longue durée ( cinquante ans) prêts à accueillir le message de changement en Albanie. J'avais vingt ans quand j'ai lu la première partie de la Pyramide publiée sur RD.

    1990
    Le peuple était prêt mais pas la police.
    L'eau de vie mélangeait nos mots prononcés à voix basse : j'étais avec deux amis(le troisième était un mouchard !)dans un bar pour les gens qui avaient du fric. Moi j'étais contrebandier ( à temps perdu).Mon père voulait que je me taise. Il était effrayé par les discussions à la maison contre le système et contre la patience inutile et illusoire de sa génération ;mes comportements provocateurs et moqueurs souvent avec sarcasme et mes sorties à toutes les heures étaient inquiétants.
    Dans cette période là je fréquentais aussi deux poètes qui venaient juste de sortir de prison après vingt ans :l'un s'appelait Jero, provenance Durrës , et l'autre dont je ne me rappelle plus le nom était de Tirana. On restait souvent à la plage à discuter : je pensais que au de-là de l'horizon il y avait un monde libre, pour moi c'était l'infinie au de-là des barrières, les miennes. Eux ils parlaient d'organisation :j'avais de la confiance. Il y avaient des mouvements d'étudiants et d'intellectuels clandestins à Tirana, pour la plupart dans les universités et chez eux, à la maison. Rien que des voix : " verba volant, scripta manent ", là-bas ce dit valait dans une manière irrévocable.

    1995
    Voyage en Albanie. Je retourne en Italie (où j'habite depuis cinq ans), avec un sac plein de livres en albanais contrôlés à la douane avec étonnement. Je lis les chapitres qui restent de " La Pyramide " (je n'avais pu lire que le premier sur R.D !) avec plus de détachement, sans révolte: un pont qui me présentait mon passé et mon présent, avec sa liberté sans aucune peur de transgression.
    Heureusement il y a eu des gens qui se sont engagés à combattre, comme j'ai bien appris en lisant "La Pyramide". Pas de métaphores, toute réalité.

    Arben Iljazi