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From: marion baruch mbaruch@noos.fr
Date: Fri Apr 6, 2001 10:59am
Subject: un livre que madjiguène m'avait prêté un jour



    Chers ami-e-s,
    je vous signale de ma part un livre (qui est en partie à l'origine de ce projet que nous avons bâti ensemble) et puis un second livre, lié au premier.

    Pendant la lutte des sans-papiers, que j'ai suivi de près, j'ai lié une profonde amitié avec Madjiguène Cissé, la porte-parole des sans-papiers de Saint-Bernard. La lutte c'était aussi çela : proximité avec des personnages extraordinaires comme Madjiguène. Un jour quand nous marchions le long d'un canal à Paris, elle a sorti de son sac à épaule plein de tracts et documents, un petit livre très vieux qu'elle disait d'avoir emprunté de la bibliothèque : " ce sont les contes de mon enfance, je les entendais raconter quand j'étais petite...je te les prête ". J'ai lu les contes d'Amadou Koumba par Birago Diop et j'en suis restée émerveillée. Par moments j'avais l'mpression de lire du Borges. Ces contes africaines de tradition orale, me rappelaient Jorge Luis Borges, l'auteur le plus érudit, le bibliothécaire unniversel, dépositaire de toutes les cultures et de toutes les littératures. Je me suis rendue compte que notre littérature occidentale avait forcément puisé dans les richesses de la culture africaine, que c'était inévitable, comme aller chercher de l'or et les diamants en Afrique.(!) Le geste de Madjiguène de m'avoir prêté le livre quelle était en train de lire, par une inspiration spontanée ; en effet, les livres sont faits pour circuler, non seulement par curiosité intellectuelle mais aussi par la chaleur humaine. Je me suis éprise de l'idée du Bibliobus;

    l'idée d'intervenir sur le stock des livres était lié quelque part au geste de Madjiguène et à ma prise de conscience que mes amitiés avec les sans-papiers ( et les étrangers en général) m'enrichissaient énormément. Madjiguène Cissé est retournée à Dakar l'été dernier. Je l'ai prié par mail de m'écrire quelques lignes au sujet des contes d'Amadou Koumba. Je n'ai pas encore reçu de réponse, la communication électronique avec l'Afrique n'étant pas toujours facile.

    Avant de quitter la France, Madjiguène Cissé a publié un livre sur la lutte qu'elle a vécu et sur les raisons de cette lutte, intitulé "Parole de sans-papiers". éditions La Dispute 1999.
    Je vous conseille de lire cet excellent livre ; car ce qui est rejeté socialement, devient une grande valeur culturellement. Ce qui est institutionnellement périphérique devient central dans le symbolique.

    Ma démarche dans l’art propose un rapport au monde tissé par les relations avec les sans-papiers, "cartographes du monde contemporain." C'est ma façon de voyager sur place, (ancienne réfugiée de l'est de l'Europe) en contact avec ceux qui se déplacent, avec ceux qui sont le coeur même de l'actualité sociale et internationale. J'ai choisi cette grille de lecture pour approcher le monde, pour y être. J'éssaye d' y inscrire une micro-pratique d’intervention entre réalité physique et le net, en reliant les deux réalités, en les croisant continuellement.

    marion baruch