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615 From: "alejandra riera" alejandra.riera@wanadoo.fr Date: Sat Jun 16, 2001 1:58 am Subject: Nunca Mas
J'ai lu l'information sur un colloque, je n'ai pas pu venir, je suppose que c'était bien intense. Bon, à une prochaine fois. A. Lun 26 mars chère Alejandra, (je ne réussi pas à enlever ce style de caractère) c'est les derniers deux trois jours pour le projet Bibliomail. Si tu voudrais parler d'un livre.... Regarde le "dossier spécial" en http://www.namediffusion.fr.st bisou, marion - Paris vingtième arrondissement.0:04 Chère Marion : Je suis désolée d'arriver en retard pour ton travail. Mais je n'avais pas oublié. J'arrive de toute façon trop tard, mais je te réponds tout de même, car je sais que de fois avec un temps en retard, il faut essayer encore, ou tout de même. D'une certaine façon ta proposition demande un peu de temps. Ou bien m'a demandé un petit moment. Et moi que je suis si lente ! Et que j'ai encore bien mal à voyager dans Internet. Et que je cherche désespérément à écrire un peu plus maintenant en français qui m'est encore difficile, et tout ça encore trop tard...car je parle et écrit toujours très mal l'anglais... En parlant avec toi, j'ai senti qu'il y a dans cette idée de "Bibliomail" quelque part une attente qui bien sûr n'est pas précise mais il y a une sorte d'envie, de pari que la diversité des "elles" -"ils", que notre diversité amènera, nous amènera à élargir, enrichir notre espace mental. Quand tu m'as parlé du "Popol Vuh", le livre sacré des Quichés de Guatemala, basé dans leurs traditions orales, connu à travers une version de 1534-1539, et qu'on appel aussi le "Libro del Consejo", je me suis dit et alors toi, Alejandra, de quel livre tu veux parler ? En ce moment j'essaie de lire : "enfance et histoire", de Giorgio Agamben, Payot. Mais alors dans ta demande, il s'agit d'"ils", les livres ? il s'agit de parler des livres, ou bien d'elles, les expériences, les expériences de lecture d'un livre ? Je m'aperçois effectivement, que tout ça m'a fait penser à la provenance, aux sources au sens large, quelles idées, pensées, nous aident à vivre ou bien nous façonnent ?. - Pourquoi je pensais pour ton appel au fait que je suis née en Argentine, alors que d'où venons nous ? n'est pas pour moi quelque chose de fiché, ni quelque chose qu'on doit afficher, ou répondre à chaque fois qu'on te demande : mais d'où venait vous ?. Car je passe mon temps à penser le présent. Dans les manifestations des sans papiers en 1996 ( et encore maintenant ) on entendait beaucoup : première, deuxième, troisième génération, on s'en fou, on est chez nous!, et alors qu'en général, je n'aime pas les slogans qui s'installent, qui s'imposent, celui là, je le comprends bien. Cela veut dire arrêter de nous demander nos origines, mais regardez, nous vivons et travaillons ici, comme vous et c'est cela qui compte d'abord. Mais qu'est-ce que tout ça vient faire là, alors que tu demandais, tout simplement de partager la proposition d'un livre. Et bien, je dis tout ça parce qu'alors que moi, dans mon travail j'aurais parlé ou trouvé un livre qui parlerait de notre présent ici, ou bien d'un livre de poésie que j'aurais connu, rencontré ici et qui ne rappellerait en rien, du moins de façon directe, d'où je viens ; cette fois-ci, j'ai senti comme un appel ou un moment où je pourrais écrire quelques lignes qui ne me sont pas possibles aussi directement, et qui par une difficulté de "la voix", je n'aurais pas pu parler mais seulement écrire. Tu m'as dit : il s'agit d'un livre, ou des livres qui ont/ sont importantes pour toi, qui t'on marqué. Je ne suis pas sûr que tu as palé de "marque", mais j'ai gardé cette pensée de la marque, de la trace. La difficulté est que j'ai pensé, je me suis souvenu, pendant quelques jours, d'un livre que n'en est pas un. Car je ne crois pas qu'on puisse nommer ces pages, un livre, peut être que l'on pourrait dire qu'il s'agit d'un document, un rapport qui compte avec un grand nombre de récits, rassemblés par une commission sur les disparitions en Argentine, ( 1976 - 1983 ) dirigé par l'écrivain argentin Ernesto Sabato, commission nommé à la fin de la dictature militaire en 1983 par le président Alfonsin. Ce document a pris un titre : "Nunca Mas". - Il relate l'indicible, il décrit les méthodes de répression de l'état pendant la dictature : la torture, la mort qui avait pris la figure du disparu/e contre les dissidents/es, contre toute une génération. En 1976 j'avais à peint onze ans. Ce document qui a l'aspect d'un livre a été rendu publique à la fin de la dictature, à la fin de mon école secondaire, à mes 18 ans. C'était le moment où il y a eu lieu le jugement des militaires pour les atrocités qu'ils ont commis, jugement sans précédant dans un pays d'Amérique Latine. Les militaires de la Junte, seront condamnés, quoi que amnistiés assez vite, quelques temps plus tard... Je me souviens d'un tas des choses, et pour ton projet, je voulais juste écrire que ces pages, les pages de ce "livre", ne venaient qu'éclaircir très durement, très durement, ce qu'enfant, comme tant d'autres enfants, on avait vu, pressenti, écouté, aperçu, ressenti, sans comprendre : une grande injustice, une terrible guerre cachée, et tout ça pour quoi ? Je sais qu'il y a des gens, des argentins/es qui pensent que tout ça s'est passé, sans que cela leur concerne. Mais je sais qu'une grande partie, ceux et celles qui on était touchés directement, mais aussi ceux et celles qui n'ont pas refusé d'entendre, que tous ceux ci, et moi là dedans, nous n'arrivons pas à oublier, et aussi on s'en souviens. A 18 ans, (bien avant), mais comme il s'agit d'un livre, je dois dire que cette lecture (entre autres choses), que cette lecture, qu'on ne peut pas mener jusqu'au bout, a du rester dans le corps, dans la mémoire, et c'est une blessure. Mais je pense que plus qu'un devoir de mémoire, il faut faire un travail de mémoire, c'est qu'implique de penser son présent. Chère Marion, je m'excuse d'avoir eu une idée aussi peu poétique à partager, car je ne pas le droit de proposer de lire ce qu'on n'arrive pas à lire, et qu'on aurait mal à placer dans une bibliothèque, à côté de quoi, de quelle livre, de qui ? J'ai eu il y a quelques jours 36 ans, et je me souviens toujours. Il y a aussi cette histoire de l'Algérie, du général qui parle de la torture sans regret, et bien sûr même si c'est une autre histoire, je ressens la même blessure qui vient. Ce général, comme d'autres en Argentine, reconnaissent avoir été formés pour tuer, pour torturer, mais alors, pourquoi ces "services" existent toujours ? Comment est-il possible qu'en France, qui n'était pas une dictature comme en Argentine, dans les années 50, on a formé des gens à ces services spéciaux ? Après on se demande qui apprend à qui, qu'elles sont les sources des militaires argentins en 1980 ? Question des livres ? de transmission de quoi ? Comment voyagent les idées, comment se perpétue la torture dans le monde ? C'est l'abolition des services paramilitaires, ou spéciaux, ou je ne sais pas quelle nom leur donner qu'il faudrait pour arrêter la torture qui existe encore aujourd'hui. Avec l'Algérie, il semble que la question pour les français est que le gouvernement demande pardon ou que le général exprime des regrets. Mais c'est ne pas cela qui va arrêter la logique de la violence, c'est qu'il faut c'est de se demander pourquoi ses services existent, qui les subventionne, et comment pourrions nous envisager un monde plus tendre, dans lequel il n'y ai pas des place pour ces pratiques. Penser son présent, alors, cela veut dire quoi ? Je sais que tu penses, moi aussi, et d'autres. Pour finir j'aimerais dire, que la violence n'a pas été absente des deux côtés en Argentine, et si bien la violence de l'état est toujours plus grande plus forte plus atroce que celle provoquée par l'injustice, cette violence quelle qu'elle en soit me blesse, m'a blessé, et c'est bien pour ça que si je fais des petits choses, comme tu dis Marion, que tu fais aussi des projet moins grands maintenant, moi aussi, j'essaie de faire des petits choses, et avec le plus d'affection, tendresse possible. Je pense que c'est la seule façon de faire un travail politique, ou artistique. Bien sûr, on essaie, car il reste de la tristesse quand je pense d'où je viens, tristesse qui ne s'efface pas, mais je pense beaucoup à la chance de la nouvelle génération, qui pourra peut-être s'épanouir si nous faisons de temps en temps un travail de mémoire, c'est tout. Je promets pour la prochaine fois, de passer à la poésie, car il en faudrait plus. Amitiés. A.R. PS : ces choses sur lesquels je t'écris il n'est pas possible de les afficher, de s'en servir, c'est pour ça que finalement je parle rarement de l'Argentine. D'une part parce qu'il faut aller vers la vie, d'autre part parce que c'est difficile. Il faut alors trouver comment vivre. |